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IndustrieLa filière poitevine InquièteLe trou d’air que l’avion de transport militaire européen A400M traverse depuis plusieurs années agite la filière aéronautique poitevine.
Fiasco industriel, désastre économique, dérapage financier… Les formules ne manquent pas dans les milieux aéronautiques pour stigmatiser l’A400M. Dans le sillage de l’A380, le futur avion de transport militaire développé par Airbus Military, filiale d’EADS, est en pleine turbulence. Destiné à remplacer la flotte vieillissante des gros-porteurs Hercules C-130 et Transall C-160, ce fleuron de l’avionneur européen est plombé par quatre années de retard sur le calendrier initial. Retard imputable à d’insondables problèmes techniques. Estimés à plus de 5 milliards d’euros, les dérapages de l’A400M ne sont pas sans effets sur les multiples sous-traitants engagés dans le projet. C’est le cas de Techman-Head qui emploie 120 personnes dans la Vienne(*). Spécialisé dans la maintenance au sol des avions, le groupe poitevin compte parmi les fournisseurs privilégiés d’Airbus et s’active depuis plusieurs mois sur cet ambitieux programme de 20 milliards d’euros.
“Nous sommes chargés de développer l’outillage qui servira à la maintenance du futur avion, explique Jean-Marc Neveu, directeur d’AMS, l’une des sociétés de Techman-Head spécialisée dans la conception de bancs d’essais hydrauliques. Compte tenu de nos capacités de production, nous avions décidé de nous contenter d’une vingtaine d’outillages.” Une sage précaution qui a permis au groupe de limiter les dégâts.
Car à ce jour, le travail réalisé n’a pas encore été payé par le donneur d’ordres. Et pour cause. Incapable d’assumer seul le financement de ses grands programmes, Airbus pousse ses sous-traitants au “risk sharing”. But de la manoeuvre : partager les coûts et les risques sur le développement des nouveaux projets. En contrepartie, le constructeur s’engage à maintenir un courant d’activité à ses fournisseurs. Dans ce contexte, tout retard de livraison d’un avion complique sérieusement les plans de charge des soustraitants et leurs retours sur investissements. “La situation est d’autant plus difficile à vivre que l’on prédit un tassement du marché en 2010 de l’ordre de 10% sur les programmes civils, déplore Jean-Marc Neveu. L’A400M était très attendu par la filière et devait apporter une bouffée d’oxygène. Le pire serait que le programme soit purement et simplement arrêté par Airbus compte tenu des enjeux financiers.” Mais tout n’est pas perdu. Vendredi dernier, Airbus a annoncé le premier vol d’essai de l’A400M pour la mi-décembre. Un vol inaugural que les équipementiers poitevins accueillent avec soulagement. Même s’ils sont conscients qu’ils devront encore faire preuve de patience. La première livraison du gros porteur n’interviendra pas avant 2012. Laurent Brunet le 02/12/09
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