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Enquête


Société :

Halte aux contenus déviants

En France, 14% des enfants de 9 à 16 ans auraient déjà consulté des sites pornographiques sans le vouloir. Equipées, très tôt, d’un smartphone connecté à Internet, les nouvelles générations sont de plus en plus confrontées aux contenus déviants du web. Un fléau que le gouvernement tente de combattre en renforçant l’éducation aux médias.

« Nous sommes complètement dépassés par les nouvelles technologies. » Pour Hortense, 38 ans, mère de deux jeunes ados de 12 et 14 ans, filtrer les contenus consultés par ses enfants est devenu « impossible ». « L’an dernier, je suis tombée des nues lorsque mon aîné a parlé de porno et de djihadisme lors d’un dîner. Son discours n’était pas inquiétant, mais il en connaissait un rayon sur ces deux sujets. » Ce constat d’impuissance face aux écrans, bon nombre de Poitevins le dressent. Un sondage mené par OpinionWay pour l’association Ennocence indique que 52% des parents reconnaissent ne pas surveiller systématiquement leurs enfants lorsqu’ils regardent des vidéos sur Internet. 42% des sondés estiment que leur progéniture a déjà été exposée à des images à caractère violent. L’étude précise par ailleurs que 14% des enfants de 9 à 16 ans auraient déjà consulté des sites pour adultes sans le vouloir. « En moyenne, un enfant a 11 ans lorsqu’il est exposé pour la première fois à du contenu pornographique en ligne », relève l’association Ennocence, engagée dans la protection des enfants contre les risques d’exposition aux contenus déviants.

Pour Jean-François Cerisier, « la question de l’exposition aux contenus inappropriés n’est pas nouvelle ». « Des interrogations ont déjà été levées à ce sujet avec l’avènement de la télévision et la multiplication des chaînes dans les années 80, relève le directeur du laboratoire Techné (Technologies numériques pour l’éducation) de l’université de Poitiers. La différence fondamentale avec Internet, c’est qu’il est très compliqué de contrôler les contenus. » Si la télévision a son CSA, Internet ne dispose pas d’autorité équivalente. Impossible donc de réguler l’accès aux sites réservés aux plus de 18 ans. Une étude menée par l’entreprise singapourienne Vodien, spécialisée dans l’hébergement web, révèle que la plateforme Pornhub est le 33e site le plus visité au monde. Deux autres sites à caractère pornographique font partie du Top 100.

« Un effet de loupe »

Pour autant, censurer tous les contenus ne semble pas être la panacée. « On ne peut pas tout publier, mais on ne peut pas non plus tout interdire, reprend Jean-François Cerisier. Le problème des contenus inappropriés est incontestable, mais ne doit pas non plus être surévalué. La violence, par exemple, n’est pas que dans les médias. Il y a juste un effet de loupe. » Harcèlement, embrigadement idéologique, pornographie... « La prévention des risques passe par l’éducation aux médias (EMI) », insiste l’enseignant-chercheur poitevin. Depuis la rentrée, l’EMI fait partie intégrante du programme scolaire, dans un souci de « former des cybercitoyens actifs, éclairés et responsables de demain », indique le ministère de l’Education nationale.

La prévention prévaut sur la sanction. « La pornographie génère chez l’enfant des interrogations et des émotions, explique le sexologue poitevin Philippe Arlin. Il est important pour les parents de revenir, avec leur enfant, sur les images qui ont été vues. Sans les revisionner, mais en laissant le jeune exprimer ce que cela a perturbé chez lui. Il ne faut pas que l’intervention des parents crée un traumatisme. » Dans un récent entretien accordé au site Padreblog, la ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes, Laurence Rossignol, affirme par ailleurs qu’il faut « lutter contre l’industrie pornographique et contre l’accès des jeunes au contenu, qui est avilissant pour l’amour, l’égalité femmes-hommes et la représentation qu’on a de ce qu’est la sexualité ». Si la ministre assure que les pouvoirs publics « travaillent beaucoup là-dessus », 66% des parents français jugent les mesures prises jusqu’à maintenant pas suffisamment efficaces pour protéger les enfants des dangers du web.

Marc-Antoine Lainé le 30/03/17

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