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Le service civique : entre super-bénévolat ou sous-emploi

Auteur d’un ouvrage intitulé « Le travail bénévole : engagement citoyen ou travail gratuit ? », la sociologue Maud Simonet animera une conférence-débat à la faculté de Sciences-humaines(*) demain à 14h. Invitée par l’association des étudiants de sociologie, cette experte expliquera en quoi le nouveau service civique pourrait bien se transformer en « sous-emploi » pour les jeunes des classes populaires.

 Quelle est la nature de vos travaux ?

« Je suis sociologue au CNRS et j’ai donc réalisé plusieurs enquêtes en France et aux Etats-Unis sur le bénévolat et la construction du statut de volontaire. Ce sont deux choses bien différentes. Le volontariat est un engagement à temps plein pour une durée déterminée qui ouvre droit à des indemnités et des avantages sociaux (sécu…). »

Ce nouveau statut de service civique doit-il compenser la crise du bénévolat ?

« La baisse du bénévolat et de l’investissement des jeunes est un mythe. La France compte plus de 15 millions de bénévoles et ce chiffre est en hausse. La valorisation et la légitimité des actions bénévoles sont plus fortes. En revanche, je pense que ce dispositif a un objectif dissimulé : compenser un certain échec des politiques de l’emploi des jeunes. D’ailleurs, à l’époque de l’apparition de ce statut de volontaire en France, il avait été mis en concurrence avec les emplois-jeunes. Les discours politiques accentuent le besoin d’engagement des jeunes et leur générosité, mais ce qu’on dit moins, c’est que mettre 10% d’une classe d’âge dans le service civique d’ici cinq ans, c’est évidemment les retirer des chiffres du chômage. »

 

Ce statut maintient-il les jeunes dans la précarité ?

« Le service civique est une politique de l’emploi déguisée. Sous couvert d’engagement, on propose aux jeunes des substituts d’emploi. Ils vont toucher 440€ par mois, plus 100€ pris en charge par l’association en nature ou en numéraire. Je veux montrer que certains jeunes d’une classe aisée s’investissent en conservant le soutien de leurs parents. Pour eux, c’est de l’argent de poche. En revanche, une autre jeunesse vit de ses 540€. Quand on les interroge, ils parlent de salaire et pas d’indemnités. Les missions locales les envoient en volontariat parce qu’ils cherchent un boulot. Ce n’est pas uniquement une question d’engagement même s’ils préfèrent ce genre de postes à la restauration rapide. Le service civique, c’est du super-bénévolat pour les classes favorisées et du sous-emploi pour les classes populaires. »

(*) Rendez-vous à l'hôtel Fumé, rue de la Chaîne en centre-ville (amphi 296), de 14h à 16h. Entrée libre. 

Romain Mudrak le 02/02/11
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